Écrit par Ron Moore
L'épisode débute par un rappel en flashs back de ce qui s'est passé dans la mini série : on nous rappelle la responsabilité de Baltar dans le déroulement de l'attaque, sa relation avec la cylon Number 6 et le fait que celle que nous voyons désormais n'existe que dans sa tête. On nous rappelle également que Boomer (Sharon Valeeri) est un agent dormant cylon.
Ces informations indispensables à notre bonne compréhension de l'épisode nous sont données de manières concises et c'est tant mieux.
Le générique se charge de toute façon de nous rapeller l'Holocauste et la fuite de la flotte coloniale.
Le début de l'épisode nous montre les trois grandes orientations que le scénario va suivre: les sauts et le compte à rebourd, Baltar et ses égarements, la fatigue de l'ensemble de la flotte. Trois éléments liés on le verra les uns aux autres.
Avec pour défendre le premier point de vue, N°6 , un cylon très croyante et bien décidée à convaincre Baltar ; et pour défendre la raison , Baltar, le scientifique, rejettant catégoriquement tout explication sortant de la rationalité.
Durant tout la première saison, ce débat entre les deux personnages se poursuivra , et nous aurons l'occasion de voir à quel point Baltar va changer.
La scène suivante entre Cally et le chef nous fait prendre conscience de la fatigue de l'équipage du Galactica à cause des attaques cylons à répétition.
Toutes les 33 minutes la flotte est rattrapée par les cylons et doit de nouveau faire un bond pour s'échapper.
Tout le monde est donc à cran, irritable.
Dans le CIC , la fatigue des deux officiers les plus gradés Adama et Tigh est avant tout visible physiquement. Aucun des deux ne s'est rasé, leurs yeux sont fatigués, le timbre de leur voix est affaiblit.
La première apparition de la flotte cylon en plan large nous montre pourquoi la fuite est la seule option possible pour la flotte. La différence entre les deux forces en présence est immense.
Côté colonial, nous avons un vaissseau de guerre et quelques vipers .
Côté cylon, plusieurs immenses vaisseaux mères et des centaines de chasseurs.
Les éléments sur lequel va reposer l'épisode étant posés , le générique peut apparaitre.
Il est accompagné de chants, avec une tonalité triste , lente et douloureuse .
Il nous montre le quasi anéantissement de l'espèce humaine puis comment l'humanité s'est ressaisit et a choisit de survivre en utilisant la seule option possible , la fuite (avec une ultime image montrant la flotte coloniale fuyant à travers l'univers).
Le générique se termine par un montage très rapide de divers plans qui apparaitront dans l'épisode.
Ce gimmick a été utilisé dans d'autres séries plus anciennes, mais dans Battlestar Galactica, on peut penser que sa présence n'est pas dû au hasard et elle soulève une interrogation des plus intéressantes: puisse que tout ce qui va se passer nous est montré en accéléré dès le début, alors tout est-il inscrit d'avance? L'Histoire se répête t-elle ? Quelle est la part de liberté , d'influence des personnages sur les évênements ?
On en revient alors au débat entre Baltar et N°6 sur un éventuel dessein . Les choses n'arriveraient pas par hasard mais dans un but ultime.
Plusieurs conceptions de la notion du temps, du progrès s'affrontent et c'est d'autant plus intéressant que la série puise beaucoup dans la mythologie grecque antique . Or les Anciens grecs n'avaient pas la même conception du temps que nous.
Nous croyons aller vers le progrès, eux pensaient aller vers la Chute.
L'âge d'or est devant nous, celui des Grecs était derrière eux. D'ailleurs , les coloniaux ont une conception plutôt proche de celle des Grecs , l'âge d'or est celui d'avant l'Apocalypse.Le temps présent est celui de l'incertitude , ne recherchent-ils d'ailleurs pas la Terre en espérant retouver un âge d'or perdu ?
La réalisation et la photographie traduisent cette idée.
Les images de Baltar s'imaginant sur Caprica chez lui avec N°6 sont immondées de lumière, les couleurs sont chatoyantes par opposition à l'obscurité à bord du Galactica et l'omniprésence des couleurs sombres : noir, gris , bleu très foncé des uniformes.
Baltar et Six sont filmés souvent en plan large et toujours de façon à les mettre en valeur , à créer de belles images.
Sur le Galactica, la réalisation est faite caméra à l'épaule, l'image est instable , on est dans l'instant , dans le documentaire réaliste et même cru.
Les gros plans sur les visages sont très nombreux en particulier dans cet épisode , non pas comme dans beaucoup d'autres séries par manque d'imagination du réalisateur qui filme en gros plan le visage de celui qui parle, mais parce que la caméra nous montre la fatigue des visages , essait de saisir l'humain à travers la chair , le corps des personnages.
Même et surtout , lorsque ces corps sont fatigués , peu esthétiques , il n'en sont que plus humains.
Notons, ce qui pourrait sembler un détail, les actrices ne sont pas ou très peu maquillées dans cette série sauf N°6 qui est à la fois un fantasme de Baltar et est associée à l'ancienne vie de celui ci sur Caprica.
En parlant de la notion de temps, la structure de l'épisode en est un bon exemple.
Nous avons un temps cyclique ( 33 minutes de calme puis le retour des cylons et un nouveau bond).
Si entre le début et la fin de l'épisode, les coloniaux vont pouvoir échapper aux retours minutés des cylons, ils savent bien que dans un laps de temps plus long , le retour des cylons est inévitable.
Nous avons ici deux boucles temporelles qui se croisent. La petite prôpre à l'épisode qui dure 33 puis finit par s'arrêter et la grande , celle qui dure depuis le début et dure encore au dernier épisode diffusé, celle du retour régulier des cylons.
Cette grande boucle temporelle est fondamentale dans l'avancement de l'histoire parce qu'elle s'accompagne d'une voyage dans l'espace, d'une avancé vers la destination Terre.
Voici maintenant le briefing de Lee le nouveau CAG du Galactica.
Visiblement, Lee fait du mieux qu'il peut pour bien faire son travail mais il a du mal à agir en chef et non en ami. Il se montre trop compatissant et pas assez autoritaire. Starbuck le lui reprochera plus tard. Etre un bon chef s'est sûrement savoir équilibrer ces deux aspects, Lee va donc devoir apprendre.
La scène se conclut par un rituel religieux. Les pilotes quittent la salle en touchant de la main une icône religieuse .
Cette scène très courte est importante car elle montre la cohésion du groupe grâce au lien religieux.
Les coloniaux nous sont montrés comme une civilisation oû la religion a une place importante dans de nombreux aspects de la société. Leur devise « so say we all » est autant religieuse que citoyenne.
C'est autour d'une légende , d'un mythe lié à la religion (la recherche de la Terre) qu'Adama a pu souder la flotte pour qu'elle accepte de lutter pour sa survie et surtout qu'elle reste unie.
Quoique l'on puisse penser de la présence religieuse dans la vie politique, la vie des militaire... c'est une donnée fondamentale de la série et qui s'inspire autant de la réalité américaine que la source grecque.
Dans la scène suivante , l'auteur nous livre des perles d'ironie tragique.
La scène entre Boomer et son ECO repose totalement sur le décalage entre ce que sait le spectateur ( Boomer est un cylon mais elle l'ignore car c'est un agent dormant) et ce que savent les personnages.
Le procédé d'ironie tragique très utilisé dans les tragédies grecques (on n'en revient aux sources) puis classiques , est ici formidablement utilisé.
Plus tard dans l'épisode, une autre scène avec Appolo et Starbuck reprendra encore ce procédé.
La scène suivante nous montre la difficulté d'obtenir des informations sur les familles qui ont disparus durant l'Holocauste.
Les demandes de renseignement sont nombreuses et ne peuvent être satisfaites.
Le couloir qui sert de mémorial ne peut pas, ne pas faire penser aux images du 11 spetembre 2001 , mais plus généralement , il s'agit d'un lieu de recueuillement spontannément mis en place, comme tous ceux qui sont crées après une tragédie.
Nous retrouvons ensuite la Présidente Laura Roslin en discution avec son jeune assistant Billy à bord du Colonial One .
Baltar est assis à quelques mêtres de distance ce qui ne sera pas sans conséquence pour la suite.
La scène nous montre le comptage des survivants que la présidente assure sur un tableau blanc.
Ce geste est parfaitement cohérent avec la personalité de Roslin. Nous avons affaire à une ancienne institutrice devenue présidente sans le vouloir (même si nous apprendrons plus tard, qu'elle n'occupe pas cette place par hasard).
Alors, ce tableau blanc , oû elle s'applique à écrire le nombre des survivants , c'est un peu l'ancienne Laura Roslin, la maîtresse d'école qui rencontre la nouvelle Laura Roslin , la femme politique . Le changement dans la continuité en somme.
C'est aussi l'image maternelle car si Adama est symboliquement le père de l'équipage du Galactica, Roslin est une mère pour la flotte. Il semble donc logique de la voir compter ses enfants et montrer tant de douleur face à la perte de chacun d'entre eux.
En parlant d'enfants et d'image maternelle, N°6 décide d'aborder le sujet avec Baltar.
Elle souhaite vraiment avoir un enfant, lui est catégoriquement contre.
Son refus n'est pas étonnant , Baltar est amoureux de lui même et se sent coupable de l'Holocauste, pour le moment cela suffit amplement à occuper ses journées.
Comme la journée est décidément pénible pour Baltar, voila qu'un nouveau problème survient.
Un certain Dr Amarak veut parler à la Présidente et il pourrait dévoiler la responsabilité de Baltar dans l'Holocauste.
Une nouvelle menace à l'horizon pour le génie de la flotte?
Nous quittons la flotte pour retourner sur Caprica.
La planète coloniale est désormais occupé par les cylons.
Des unités de centurions patrouillent et pourchassent notre ami Helo (le jeune homme qui avait dans un élan de générosité laissé sa place à Baltar dans la mini-série) sous une pluie battante.
Le jeune ECO de Boomer est en vie, peut être pas pour longtemps mais il vit.
Il réussit à faire sauter deux centurions avec une mine.
Mais celle-ci, elle n'a tué qu'un robot, l'autre est agonisant.
C'est là que tout l'intérêt de la scène apparait.
Malgré son aspect métalique (et le fait qu'il soit une image de synthèse); la manière dont le robot agonisant qui n'est qu'un buste, se relève partiellement et regarde Helo , lui donne un caractère saisissant de réalisme et presque d'humanité.
D'ailleurs , le personnage d'Helo le regarde assez longtemps, médusé après l'avoir achever de plusieurs balles dans la tête.
À bord du Galactica, Tigh le fidèle second d'Adama, essait de préserver au maximum celui ci.
Le commandant Adama est plus qu'un chef militaire, c'est un guide et il ne peut pas se permettre de faillir devant ces hommes . Tigh l'a très bien compris fait tout durant cet épisode pour qu'Adama et surtout l'image que l'équipage a de celui-ci, reste intacte, forte aux yeux de ses hommes ( alors qu'il est un homme comme les autres et qu'il est lui aussi affaiblit).
La scène suivante dans le hangar permet de détendre pour quelques instants l'athmosphère très pesante.
Starbuck reproche à Appolo son manque d'autorité et son trop plein de gentillesse.
Elle refuse de prendre des stimulants mais son argumentation auprès de Lee se retourne contre elle.
Elle en rit d'ailleurs volontiers et avale les pilules que Lee lui tend.
Il y a clairement dans cette scène les deux niveaux de la relation entre les deux personnages.
Celle entre les deux militaires Starbuck et Appolo et celle entre les deux amis Kara et Lee.
Tout l'ambiguité de la scène et de leur relation repose sur la confusion entre les deux.
Au début de la scène, c'est Starbuck qui s'adresse à Apolo , mais très vite c'est Kara qui parle à Lee d'oû le fait qu'elle éclate de rire, et que lui se moque d'elle. nous verrons la même chose se produire dans une des toutes dernières scènes.
À bord du Galactica, on apprend qu'un vaisseau commercial à disparu l'Olympique Carrier.
Ce vaisseau est important car le Dr Amarak si trouve.
En apprenant sa diparition, Baltar se cogne la tête de surprise . Il est sauvé .
Oui, mais est ce un hasard ?
La discussion entre N°6 peut reprendre. Elle pense que Dieu est derrière tout cela, Baltar refuse de croire en l'existence d'un Dieu quelconque. Il pense que personne ne se soucie de son destin.
A bord du Galactica: les cylons ne sont pas revenus cette fois ci , peut être est-ce la bonne.
À cette occasion on voit la différence entre Adama et Tigh, le premier reste très prudent face à cette bonne nouvelle , il laisse le compte à rebourd en marche; le second, est plus enclain à baisser sa garde.
Vient ensuite, la conversation téléphonique entre les deux chefs de la flotte : Adama , le militaire, Roslin, le leader politique.
Roslin s'en remet totalement à lui, de toute façon , il s'agit d'une décision militaire pour lesquelles Roslin avoue ne pas avoir de réelles compétences.
Cependant, le maintien d'un contact téléphonique régulier entre les deux montrent un respect des positions de chacun. Adama n'oublie pas que l'armée a vocation à se mettre au service du pouvoir politique et respecte le pouvoir de Roslin. Tout au long de la série, cette donnée sera constante. De toute façon, si nous pouvons être sûr d'une chose à propos d'Adama, c'est qu'il n'a aucune ambition politique.
Cela est loin d'être un détail, car dans un contexte aussi difficile, les cas oû le pouvoir militaire a confisqué le pouvoir politique ont été bien plus nombreux que ceux oû la démocratie même imparfaite (Roslin a hérité de sa charge par une procédure légale mais n'a pas été élue) a survécu.
On a retrouvé l'Olympic Carrier !
Et N°6 s'empresse de convaincre Baltar qu'il faut le détruire car il est infiltré par des agents cylons.
Baltar voit rouge. Si l'Olympic Carrier revient , le Dr Amarak pourrait le trahir.
Baltar utilise les arguments de N°6 pour convaincre Roslin puis Adama.
A ce stade , il est intéressant de s'interroger sur ce qui est N°6 , cette projection de sa maîtresse décédée qu'il est seul à voir et qui n'existe que dans sa tête.
D'ou tient -elle ses informations , pourquoi les donnent-elles à des moments cruciaux?
Est-elle une puce implantée par les cylons dans son cerveau comme elle le prétend ?
Dans ce cas, dans quelle mesure et dans quel but manipule t-elle Baltar ?
Baltar qui est convaincu qu'elle est un cylon, accepte de l'écouter et se laisse influencer par elle, n'est-il pas inconscient ?
Toujours est-il qu'elle semble avoir bien compris la personnalité narcissique de ce dernier , et lui propose toujours une solution qui lui conviendra facilement.
Les choses s'accélèrent autour de l'Olympic Carrier.
Le vaisseau se dirige vers la flotte alors qu'on lui donner l'ordre de stopper.
Pendant ce temps, les cylons apparaissent à nouveau.
La tension monte : le montage est plus rapide, la musique plus rythmée.
Face à la menace nucléaire que ce vaisseau présente désormais, une décision doit être prise.
Doit-on détruire ce vaisseau ? C'est une question délicate et qui doit être prisé par la Présidente puisqu'il s'agit d'un tir contre un vaisseau civil.
Celle-ci accepte après avoir hésiter, c'est une décision capitale.
Roslin qui compte les survivants depuis le début de l'épisode, se voit obliger d'abattre un vaisseau potentiellement rempli par 1300 individus.
Même Baltar ne la croyait pas capable d'une telle décision.
Alors, espérant une aide , il se repent auprès de Nulber 6. Il remet son sort entre les mains du Dieu de la cylon.
Et l'instant d'après Roslin donne son feu vert. Cette décision inattendue ne constitue t-elle pas un "miracle" comme le suggére Number 6 ? Aucune réponse ne nous est donnée cependant.
Après l'ordre dificile à prendre pour Roslin et Adama , voici son exécution qui elle aussi est difficile.
Lee hésite, il n'est pas sûr de lui. Mais Appolo, le militaire obéit assez facilement aux ordres et il a malgré tout confiance dans les instructions de son père. Alors, il se décide.
Starbuck n'est pas au contraire une militaire qui obéit aux ordres , elle conteste l'ordre insistant sur le fait que le vaisseau est civil.
Elle est d'ailleurs assez perdue, devant la résolution d'Apollo. Elle tente alors de raisonner non pas Appolo , le capitaine fidèle aux ordres mais Lee, son ami celui qui doute du bien fondé de cette mission. Mais, elle échoue et se voit contrainte d'accompagner Appolo dans l'éxécution de cette tâche pénible.
Cette scène courte est très riche par le caractère miroir qu'elle donne aux personnages d'Appolo/ Starbuck. Clairement , ce sont les deux facettes d'un même personnage qui sont incarnés par l'un et par l'autre.
Starbuck se situe dans le côté nocturne, imprévisible, irréverentieux . Appolo incarne une certaine droiture, le respect des règles, le côté lumineux.
La source grecque Appolon / Artémis est évidement très présente dans ce personnage et nos deux héros sont très proches des jumeaux de la mythologie grecque.
Sur Caprica, une cylon identique à Sharon Valeeri retrouve Helo et assassine une copie de Number 6 sous les yeux du jeune homme.
Helo est heureux de retrouver celle qu'il croit être son amie.
Bien entendu, tout cela est une mise en scène. La copie de Number 6 s'est volontairement sacrifiée pour faire réussir une mission encore secrête dans ses finalités .
De retour, sur le Galactica, nous avons droit à une belle scène entre le père et le fils Adama sur le thème de la responsabilité du chef. Celle ci, partagée reste lourde à porter d'autant que l'on ne sait rarement si c'est le bon choix qui a été fait.
Une note d'optimisme pour finir l'épisode, le compteur des survivants augmente d'un point . Au milieu des morts, une naissance a eu lieu.
Le dernier plan nous montre la Présidente Roslin laissant éclater une joie contenue.
Malgré les difficultés, l'espoir même le plus mince, reste le seul moteur pour nos héros.